Je ne sais pas si c’est le cas pour vous mais il m’arrive d’avoir la sensation qu’un livre « m’appelle« . Je vais vous parler d’un de ces livres : la BD « impénétrable » de Alix Garin. J’ai été choqué par son contenu.
The call
Vous n’avez jamais eu cette sensation très étrange lorsque vous reposez un livre après l’avoir rapidement feuilleté dans une librairie que ce livre vous brûle les doigts mais que vous sentez que ce n’est pas le moment de le lire ? Vous savez, cette sensation que le sujet vous intéresse, que le propos vous attire ou que le texte/dessin vous plaît mais que vous savez que vous ne l’apprécierez pas si vous le preniez tout de suite ?
Et alors que personne ne vous en parle, que rien ne pourrait vous y faire penser, pendant plusieurs jours voire semaines, vous y repensez. Il commence à prendre de plus en plus de place dans votre esprit et vous brûlez de plus en plus de désir de le lire ? Cette sensation étrange qu’il FAUT que vous lisiez ce livre plus que tout parce que CE livre c’est ce dont vous avez envie ou besoin en ce moment.
C’est exactement ce que j’ai vécu avec cette BD

J’avais entendu parler de cette BD il y a quelques temps via une amie qui m’avait dit que ce livre l’avait beaucoup aidée, je l’avais feuilleté rapidement dans une librairie et j’avais trouvé le style sympa et le sujet intéressant. J’étais dans une période de ma vie où j’avais assez peu de temps et beaucoup de soucis à gérer aussi je me suis dit que j’essayerais de le trouver à la bibliothèque de mon quartier quelques temps plus tard pour pouvoir le lire tranquillement.
Ce n’est que quelques mois plus tard que j’ai commencé à regarder le site de la bibliothèque qui indiquait qu’ils l’avaient acheté mais qu’il était encore en traitement avant sa mise à disposition. C’est là que j’ai ressenti que ce livre m’appelait. Genre littéralement. Je sentais que j’avais BESOIN de lire ce livre sans vraiment en savoir pourquoi. Au point d’en vérifier régulièrement sa disponibilité dans ma bibliothèque locale.
J’ai enfin pu le récupérer quelques jours (semaines ?) plus tard et commencer à le lire au calme chez moi dans des conditions idéales. Je ne m’attendais pas à être autant choqué par ce livre.
Littéralement
Il s’agit d’une œuvre auto-biographique d’Alix Garin autrice et illustratrice de bande dessinée belge qui dès les premières pages expose son problème : elle est en pleine réussite, dans la vingtaine à la sortie de ses études, elle vient d’être embauchée en tant que graphiste illustratrice, vient d’emménager avec Loïc son petit copain dont elle est follement amoureuse et commence à travailler en parallèle sur son projet personnel de BD. Elle consacre beaucoup de temps et d’énergie à son travail et à son projet mais elle s’épanouit dans les deux.
Seulement voilà. Un jour, alors qu’elle est en train de faire l’amour avec son copain, elle commence à avoir mal. Elle se dit que ce n’est pas grave, que c’est juste un petit souci… mais très vite la douleur revient à chaque fois et, par conséquent, son envie de faire l’amour diminue. Elle tente de mettre cela sur le compte de la fatigue, du stress mais très vite elle se rend compte que cela mine son couple et, après une discussion avec Loïc, elle trouve la force d’essayer de guérir et de retrouver son désir.
Sans dévoiler l’intrigue maintenant, sachez que dans cette histoire, Alix cherchera de multiples solutions, que ce soit physiquement (gynéco, médecin spécialiste) ou psychiquement (psychologue, sexologue, etc.) qui l’amèneront à des joies et des peines. Des rencontres également qui lui permettront de mieux comprendre ce qu’il lui arrive, sur son corps, sur son sexe et sa libido.
TABOU !
L’histoire est bien écrite, avec légèreté mais suffisamment de sérieux pour que ce soit crédible et efficace en termes de message. Ce ne parle pas vraiment de sexe à l’état pur mais plutôt de tout ce qui tourne autour du sexe : le désir, le rôle du sexe dans le couple, la pression sociale d’une femme à accepter certaines choses pour « le bien du couple », les relations libres, les coups d’un soir, la passion, l’amour, le désir, les relations de couples compliquées, la culpabilité et par extension également les difficultés de mettre des mots sur ce qui arrive, le charlatanisme de certains « médecins », les diagnostics foireux…
Le propos appuie largement sur le fait que pour soigner le corps, il faut avant tout essayer de comprendre l’esprit : quand l’esprit est, volontairement ou non, dans le déni, c’est souvent le corps lui-même qui sonne le signal d’alarme.
Sans jugement aucun tout du long, elle met en lumière le fait qu’on marginalise souvent le(s) problème(s) de libido des femmes sous des prétextes pétés (patriarcat tout ça tout ça), le « je dois me forcer parce que si on baise pas, on est plus un couple et il va me quitter ». Cette BD aborde les points importants qu’il est nécessaire en 2026 de remettre en cause dans les relations entre les hommes et les femmes.
Cette histoire tente également de briser tout un tas de tabous et de donner des clefs de compréhension aux femmes (et aux couples !) pour essayer de s’en sortir avec parfois des chemins assez inattendus mais toujours réalistes.
Cette BD transpire la sincérité et la volonté de l’autrice de livrer tout cela sans filtre, avec ses mots, ses faiblesses, ses doutes, parfois même ses mensonges et au final sa détermination à trouver une solution.
Choquant ?
« Mais alors, tu as dit en intro que c’était choquant, qu’est-ce qui est choquant pour toi dans ce livre ? »
Ce qui est choquant pour moi c’est parce que justement ce livre est très personnel. Pas dans le sens où il est personnel pour l’autrice (wait… C’est tout à fait le cas en fait, il est personnel pour elle et elle en parle si bien dans le livre) mais le fait qu’il m’était très personnel pour moi. Pas dans le sens où j’y ai appris beaucoup de choses, je connaissais déjà tout ce qu’elle aborde mais justement parce que je connaissais déjà tout cela.
« J’ai pas compris. Il est pas intéressant ce livre si tu n’as rien appris ? »
Non, bien au contraire. Ce n’est pas ça. Si je n’ai rien appris c’est parce qu’à chaque PUTAIN de page, j’avais l’impression que ce livre racontait l’histoire de mon ex-femme et que par extension j’étais Loïc.
Des années à souffrir
C’est pour cela que ce livre m’a appelé. Contrairement à beaucoup d’autres choses que j’ai pu lire, ce n’était pas tant que je pouvais m’identifier à un personnage, ce qui arrive quand même relativement souvent dans mes lectures, mais plutôt que j’avais l’impression qu’un personnage avait été écrit à partir de ma propre histoire vécue.
Il y a bien entendu des variations entre l’histoire de mon ex-femme et celle d’Alix mais c’est extrêmement déroutant de découvrir page après page des moments de vie et de se dire « je me souviens de ça aussi » ou encore de constater qu’Alix rencontre les mêmes difficultés, les mêmes jugements, les mêmes réflexions et en arrive aux mêmes conclusions en prenant les mêmes décisions.
Mon ex a vécu la même galère pendant des années. Les mêmes soucis physiques, les mêmes soucis au niveau du moral et les mêmes conséquences. Loïc et Alix ont vécu cela pendant 3 ans, personnellement ça a duré quasiment 10 ans. J’ai tenté de l’accompagner du mieux que j’ai pu et je regrette de ne pas avoir pu avoir ce livre entre les mains il y a 10 ans pour pouvoir peut-être prendre de meilleures décisions.
Aujourd’hui nous ne sommes plus ensemble. Nous sommes d’accord pour dire que la raison principale n’est pas une question de soucis sexuels mais d’un malaise bien plus profond qui nous a poussés à conclure que nous serions bien mieux chacun de notre côté. Cependant nous savons tous les deux que ce souci n’a fait qu’accélérer le processus et mis en lumière des malaises bien plus profonds.
Chère ex, je te l’ai déjà dit mais je te le redis ici si jamais tu lis ces lignes un jour : sache que je suis désolé. J’aurais aimé mieux comprendre, mieux te comprendre, j’aurais aimé avoir su être plus à ton écoute et pouvoir t’apporter ce dont tu avais besoin à ce moment-là.
In the end
Quand j’ai refermé ce livre, je compris pourquoi ce livre m’avait appelé.
J’ai beaucoup d’admiration pour Alix de par sa force de vouloir s’en sortir et son courage d’avoir couché tout ce qui ne se dit pas sur papier à travers cette BD. J’ai également beaucoup de respect pour Loïc qui bien mieux géré la situation que moi .
J’ai vacillé durant la lecture de cette BD, je pense qu’elle parlera à plein de femmes et qu’elle permettra à de nombreux hommes d’ouvrir les yeux sur un problème bien trop souvent étouffé.
Au final, si vous cherchez des réponses à certaines questions ou bien si vous voulez mieux connaître ma propre histoire, plongez-vous dans cette BD sans retenue. Je vous souhaite d’être au moins aussi touché par ce livre que je ne l’ai été moi-même.